Magazine "les infiltrés" France 2

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lucane
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Magazine "les infiltrés" France 2

#27430

Message par lucane » jeudi 06 novembre 2008 10:46

"Les Infiltrés" ou la dissimulation comme nécessaire à l'investigation ?

http://television.telerama.fr/television/jusqu-ou-peuvent-s-infiltrer-les-journalistes,35030.php

Les journalistes des Infiltrés, nouveau magazine d’investigation de France 2, laissent leur carte de presse à la maison. Ils enfilent de faux habits, s’affublent d’une fausse moustache, s’inventent une fausse identité, et, ainsi travestis, pénètrent là où leurs confrères se font rembarrer.

Ce que voient ces adeptes de l’imposture journalistique – et que filme leur caméra cachée –, ils ne pourraient l’obtenir autrement. Du moins l’assurent-ils. Dans le premier, numéro diffusé ce soir, une journaliste enfile une blouse d’aide-soignante pour « infiltrer » une maison de retraite.

Images dures, parfois révoltantes, de résidents déshumanisés et maltraités – cette immersion dans un univers peuplé d’individus floutés sera suivie d’un débat animé par David Pujadas. « Il s’agit de confronter le téléspectateur à des situations anormales, voire condamnables, afin de provoquer un choc salutaire », affirme le directeur de l’agence Capa, Hervé Chabalier, producteur de l’émission Choc il y a. Reste que la méthode chatouille sérieusement la déontologie : voici des journalistes qui mentent, piègent, volent des images. Pas de quoi fouetter un reporter, à une époque où les séquences en caméra cachée se multiplient à la télé ? A ceci près qu’ici l’imposture n’est pas un outil d’investigation parmi d’autres : c’est le concept même de l’émission.

Les journalistes ont « le devoir de ne pas user de méthodes déloyales pour obtenir des informations, des photographies et des documents », stipule la charte de la profession, établie en 1971.
A priori les choses sont claires, Les infiltrés se place résolument en dehors des clous. Et ce faisant relance de vieilles querelles.

Dans quelles circonstances est-il acceptable qu’un journaliste transgresse la sacro-sainte charte ? « Quand il n’y a pas d’autres solutions, tranche Paul Moreira, fondateur de 90 minutes, et ancien de Capa.
Pour entrer dans des usines de textile cambodgienne qui font trimer des gamins, je me suis présenté en tant que prospecteur de la mode parisienne (Esclaves de la mode, diffusé en 2001 sur Canal+). Si je m’étais pointé avec ma carte de presse, on m’aurait foutu dehors ! »
La journaliste Marie-Monique Robin s’est quant à elle fait passer pour une historienne naïve et enthousiaste lors d’une enquête explosive sur les méthodes de répression en Amérique latine (Escadrons de la mort, l’école française, diffusé en 2003 sur Canal+). Elle incitait ainsi un général argentin à reconnaître sa responsabilité dans la torture et la disparition de milliers de ses concitoyens. « A voyou, méthode de voyou ! Reste à savoir, prend-elle soin de préciser, selon quels critères on détermine que quelqu’un est un voyou... »

Sur l’échelle de l’abjection, un tyran aux mains ensanglantées ne vaut pas un garagiste escroc. Pas plus qu’un réseau pédophile n’est comparable aux bizuteurs des grandes écoles. L’infiltration ne saurait être légitime partout où le journaliste peine à s’introduire, « sinon c’est la porte ouverte à tous les abus », s’inquiète Jean-Xavier de Lestrade. L’auteur oscarisé d’Un coupable idéal fait une distinction entre la démarche « courageuse » du journaliste allemand Günter Wallraff, qui se glissa près de deux ans durant dans la peau d’un Turc (expérience qu’il relata dans le livre Tête de Turc) pour sonder les discriminations dans son pays, et celle, moins glorieuse, consistant à usurper une identité pour extorquer une information.

La démarche de l’équipe de Capa gêne donc aux entournures. Voici des journalistes qui, au moment de choisir des thèmes d’investigation, se posent cette question : ce sujet se prête-t-il à l’infiltration ? Curieux préalable, comme si la forme devait prendre le pas sur le fond, comme si Les infiltrés étaient prisonniers d’un format. « Ce qui compte pour mes collègues, affirme le journaliste Djaffer Ait Aoudia, l’un des “infiltrés” de l’agence Capa, c’est de multiplier les impostures, quitte à se faire passer pour un chauffeur de taxi afin de raconter les prostituées du bois de Boulogne ! » La politique de Capa lui reste tellement en travers de la gorge qu’il a engagé une procédure en référé pour empêcher la diffusion de son imposture. « Nous ne proposons que sept émissions sur sept problèmes de société, comme, par exemple, les réseaux de faux papiers ou le travail au noir. Des sujets qui méritent d’être soulevés et qui ne peuvent l’être autrement », se défend Laurent Richard, rédacteur en chef des Infiltrés.

L’imposture peut-elle constituer l’unique méthode d’investigation d’un reportage ? Comment ne pas suspecter les journalistes de Capa d’avancer masqués quelles que soient les circonstances ? Djaffer Ait Aoudia est entré dans la peau d’un réfugié algérien, bloqué à Calais, le regard rivé sur l’Angleterre. « Sans caméra cachée, je n’aurais sans doute jamais obtenu de témoignages de passeurs. Mais les réfugiés ? Beaucoup accepteraient d’être filmés en caméra visible à condition que leur visage soit flouté ! Alors pourquoi leur mentir ? Pour voler des images ? Ce qu’on devrait filmer en caméra cachée, c’est ce qu’on ne peut saisir avec une caméra visible, basta. » Réponse de Laurent Richard : « Evidemment qu’on peut interviewer normalement un clandestin en transit à Calais. Mais vous croyez vraiment qu’il vous parlera des passeurs alors que sa vie est entre leurs mains ? »

David Pujadas, qui depuis quelques semaines assure la promo de ce magazine, répète à l’envi qu’en éclairant des zones d’ombre de notre société « [nous mettons] les pieds dans le plat ». Y compris celui des pratiques du journalisme d’investigation... Le devoir d’informer le citoyen prime-t-il sur le devoir de loyauté du journaliste ?





Par Jean-Michel Aphatie le 24 octobre 2008, http://blogs.rtl.fr/aphatie/index.php/post/2008/10/24/Les-Infiltres-epilogue-24/10
Vous souvenez-vous? C’était samedi dernier, dans l’émission « Médias, le magazine », sur la 5. David Pujadas défendait son projet d’émission, « Les Infiltrés ». Il assurait que la caméra cachée ne voulait pas dénoncer un lieu, des gens, mais un système. Et il témoignait de sa bonne foi en déclarant ceci: « La contrepartie de la caméra cachée, c’est la garantie de l’anonymat. » Il a suffi de quelques heures après la diffusion de l’émission pour que le lieu soit identifié, investi par l’autorité politique, ouvert désormais à la curiosité des juges puisqu’on annonce une enquête judiciaire et une enquête administrative. Où est donc la « garantie » de l’anonymat?
Après coup, plusieurs questions se posent. Puisque le nom, l’adresse, de la maison de retraite est désormais connue, comment a-t-elle choisie par les producteurs de l’émission? Sur quelle base? Sur quels critères? Pourquoi celle là plutôt qu’une autre, plutôt que d’autres? Etait-elle représentative de dysfonctionnements communs aux maisons de retraite, ou singulière dans son fonctionnement? L’équipe a-t-elle été alertée par des dénonciations? Au début de ce qui n’est ni un reportage, ni une enquête, et qui est donc au sens propre du terme inqualifiable, la journaliste qui va cacher sa caméra dit précisément ceci: « Après plusieurs semaines, les dossiers s’entassent sur mon bureau. L’un d’entre eux retient plus particulièrement mon attention. Il s’agit d’une maison de retraite publique. Pour décrire les méthodes de travail des soignants et les conditions de vie des résidants, je décide de m’y infiltrer. »
Que signifie « après plusieurs semaines »? Que veut dire « retient plus particulièrement mon attention »? Pourquoi choisir cette maison de retraite et pas une autre? Parce que la certitude existait qu’il se produisait là des maltraitances, et donc que la caméra cachée en enregistrait à coup sûr? Ou bien parce qu’au contraire rien ne distinguait ce lieu là d’un autre, et que ce qui se passait là serait représentatif de ce qui se passait ailleurs, représentatif, donc, du « système »?
Toutes ces questions n’ont eu aucune réponse publique. La caméra nous a embarqué avec elle dans un pacte imprécis et flou. Ce n’est qu’après la diffusion des images que les faits, implacables, en ont précisé le contour. Cette maison de retraite là marche mal. Pourquoi d’ailleurs? La secrétaire d’Etat, Valérie Létard, qui s’est rendue sur place hier a déclaré ceci: « Le premier constat c'est que nous sommes dans un établissement plutôt très bien doté en moyens financiers. C'est un établissement qui souffre plutôt d'un problème d'organisation, de recrutement et de formation. »
Vrai ou faux? La caméra cachée semblait suggérer que les moyens financiers n’étaient pas là, la faute du « système ». La secrétaire d’Etat dit l’inverse, « très bien dotée ». Que dit le journalisme? Normalement, le journalisme devrait trancher, oui, non. Quel est le budget de la maison de retraite? Supérieur ou inférieur à des normes admises? Là aussi le journalisme devrait apporter des réponses. La caméra cachée, en revanche, demeure muette sur ces thèmes.
Problème d’organisation, tranche la responsable politique. Vrai? Faux? Le journalisme aurait interrogé les dirigeants de cette maison de retraite, et confronté leurs propos à ceux des représentants du personnel par exemple, sans oublier la DASS, les élus locaux. La caméra cachée, elle, n’a pas posé de questions, n’a procédé à aucune confrontation. Elle a enregistré, c’est tout, sans questionner, comme si les faits se suffisaient à eux mêmes. Mais le journalisme, justement, ne prend son sens que dans la mise en perspective, la confrontation, la comparaison.

Sur le plateau de France 5, samedi dernier, Thomas Hugues, présentateur de l’émission « Médias, le magazine », s’est interrogé sur mon opposition au procédé de la caméra cachée. Semblant ne pas en comprendre les raisons, il a formulé, sous une forme interrogative, l’hypothèse suivante: « Il cherche à se faire de la publicité, un peu, Jean-Michel Aphatie? » Cette manière de rabaisser les individus m’a surprise, tout comme m’a étonné l’incompréhension, de la part d’un journaliste, de ce qui est en cause dans le procédé.
On peut ne pas être d’accord avec mon analyse, mais ma conviction, sincère, exprimée sans doute avec un peu d’excès mais qui n’est que la mesure de l’intérêt que je porte au métier que j’exerce, ma conviction, donc, est que le journaliste se perd, se noie, se dévalorise, en cachant son état, en dissimulant son travail, en avançant masqué. Ma conviction, c’est qu’en s’engageant dans cette voie, on perd des repères, on brouille une perspective et, au bout du compte, on court le risque énorme et insupportable de déformer plutôt que d’informer.
La publicité? Quelle honte de penser cela. La publicité est indifférente au propos. Pas les risques courus. Car il en est un autre, évidemment. J’ai noté, tout au long des jours où j’ai écrit sur ce sujet, mais plus largement sur le Net, l’écho positif que rencontrait le projet des « Infiltrés ». Enfin, du vrai journalisme, de la réalité, de la vérité. Ce soutien m’a paru ambigu et souvent pervers. Il est, à l’évidence, marqué par la terrible défiance que ressentent, en temps de crise, crise morale, psychologique avant d’être économique et financière, des citoyens face à leurs dirigeants. Peut-être de fortes raisons expliquent-elles cette défiance. Mais ce n’est pas au journalisme de les alimenter en se dénaturant.
Nous sommes déjà très loin sur la pente. Je viens de lire, sur le site de Télérama, un article consacré à la polémique provoquée par « Les Infiltrés ». L’auteur de l’article, Marc Belpois, cite les différents points de vue exprimés dans le débat et, me nommant, il précise ceci: « Jean-Michel Aphatie, pourtant profane en matière de reportages d’investigation... » Niché au coeur de la phrase, ce « pourtant » est effrayant. Comment un journalistique politique peut-il juger du reportage et de ceux qui en font? Ainsi donc le débat sur l’exercice d’un métier ne serait pas ouvert à ceux qui le pratiquent mais seulement à certains d’entre eux. Ou pour dire les choses autrement, certains journalistes feraient mieux de la boucler et notamment ceux qui restent dans leur bureau, bien au chaud, tranquille, jamais en danger, si ce n’est parfois dans lors des cocktails auxquels nous nous rendons régulièrement, la chose est connue, dans les ministères et autres lieux de perdition.
Je le répète, cette pensée là, qui galope vers le sectarisme et l’exclusion, est effrayante.
Cacher une caméra n’est pas un acte sans conséquences. C’est cela que j’ai voulu explorer tout au long des jours passés. Je l’ai fait avec sincérité, et passion, peut-être trop parfois. Mais je regrette, encore aujourd’hui, de voir trop peu de professionnels mesurer la dérive dans laquelle nous sommes engagés.

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